La pêche sous-marine sur les épaves normandes
Localisation d'une épave
Pour plonger sur une épave la première chose à connaître est sa position
et sa profondeur. Les sources d'information sur la position des épaves sont
multiples. Citons parmi elles le SHOM, qui édite un cdrom « épaves des
côtes de France » contenant des informations sur 4000 épaves répertoriées.
On trouve aussi une foultitude d'informations sur divers sites internet
(voir la
rubrique liens).
Voici ce qui caractérise la position d'une épave :
La position géographique s'exprime en général sous la forme latitude / longitude.
Ces deux coordonnées sont des angles exprimés en degrés. La seule subtilité
provient de ce que ces angles peuvent être présentés sous la forme « degré,
minute, seconde », « degré, minute », « degré ».
- Le référentiel géodésique utilisé (WGS84, Europe50, etc.)
Il faut être particulièrement attentif au référentiel géodésique utilisé car si vous
reportez une position Europe50 sur un GPS configuré en WGS84, l'erreur de
position peut être supérieure à 100m. Le référentiel WGS84 est en passe de
devenir le standard international, cependant de nombreux documents nautiques
français utilisent encore le référentiel Europe50. La majorité des cartes du SHOM
sont en Europe50, mais celles-ci commencent à être ré-éditées en WGS84.
- La précision de la localisation
La précision de la localisation est elle aussi très importante. Si une position
vous est donnée avec une erreur inférieure à 10m, vous trouverez l'épave
à coup sûr en quelques minutes. Si l'erreur est comprise entre 10 et
100m, il faut compter jusqu'à une heure de ratissage de la zone avec GPS
et sondeur pour la localiser. Si l'erreur est supérieure 100m, il faut brûler
un cierge.
Si vous vous procurez la position d'une épave mais que vous ne trouvez
pas les informations sur la précision de la localisation, attendez vous au pire !
La profondeur de l'épave est bien évidemment un paramètre majeur pour
le pêcheur sous-marin. Elle est en générale donnée en mètres au dessus
du niveau zéro hydrographique, c'est-à-dire par rapport au niveau le plus
bas que la mer puisse avoir. Une conséquence directe de cela est qu'il
s'agit d'une profondeur minimum.
Même à basse-mer, il faudra ajouter 1 à 3m à cette valeur pour obtenir
la profondeur réelle. A pleine mer, on peut avoir à ajouter jusqu'à 8m,
selon le coefficient de marée.
Beaucoup de plongeurs et de pêcheurs convoitent ces points comme s'ils
valaient de l'or. Sachez que la plupart du temps une petite recherche sur
internet ou l'achat du CDROM du SHOM suffisent à les localiser à 100m.
Ensuite, une bonne demi-heure de patience sur l'eau, et votre GPS, épaulé
de votre sondeur, vous révélera la précieuse position.
Accès aux épaves
Certains caissons du port d'Arromanches sont accéssibles à la nage pour une personne en bonne
condition physique. Mais pour les autres épaves, il vous faudra possèder un bateau, un GPS et un sondeur.
Il faut toutefois bien garder en mémoire que les épaves de la baie de seine sont très
convoitées des pêcheurs en tout genre et des plongeurs. Il convient donc de ne pas
s'imposer sur une épave déjà occupée par plusieurs bateaux. Nombreux sont ceux qui ne
respèctent pas les 150m de distance minimum à garder avec les autres navires (pêcheurs et plongeurs).
Certaines personnes tolèrent qu'un autre bateau s'approche à moins de 150m de leur position, mais sachez que cela est
une faveur qu'elles vous font et non un droit que vous possédez ! A vous de savoir vous montrer humble et poli et de
toujours demander l'autorisation de vous approcher.
Équipement électronique
La visibilité ne permettant que rarement de voir le fond à plus de 3m en
baie de Seine, un GPS et un sondeur sont nécessaires pour localiser ou
retrouver une épave.
- Le GPS (Global Positioning System)
Pour choisir un bon GPS, il faut qu'il obéisse aux critères suivants :
- Précision de la localisation à moins de 10m.
- Gestion de plusieurs centaines de points (100 points est le strict
minimum : plusieurs points peuvent être utilisés pour localiser une
grosse épave).
- Boîtier 100% étanche.
Tous les GPS du marché remplissent sans problème les deux premiers
critères (La quasi-totalité des GPS du moment offrent une précision
inférieure à 5m et une mémoire 500 points).
Le critère problématique est en fait l'étanchéité. Beaucoup d'appareils sont annoncés étanches avec un qualificatif obscure : IPX6 ou IPX7. Cela correspond en fait au type d'étanchéité : IPX6 = étanche au embruns, IPX7 = étanche à l'immersion à moins d'un mètre. Il est fortement recommandé de choisir un appareil étanche à l'immersion tant l'eau est omniprésente dans un bateau de plongeurs, sans cabine dans 99% des cas. Certaines marques proposent ce type d'étanchéité sur leurs appareils d'entrée de gamme.
Les petits trucs qui peuvent vous aider à départager deux marques ou
modèles sont : la lisibilité de l'écran, la présence d'une prise d'interface
avec un PC ou encore la taille de l'appareil par rapport à la place dont
vous disposez sur votre tableau de bord.
D'une manière générale, beaucoup d'appareils d'entrée de gamme
conviennent parfaitement à la pêche sous-marine, il est inutile de se
ruiner sur un GPS haut de gamme avec cartographie ou DGPS.
Le sondeur et le GPS sont les compagnons indispensables du plongeur sur épave
Le choix du sondeur demande une attention particulière, car contrairement
au GPS, tous ne répondent pas aux exigences de la pêche sur épave.
Les deux critères importants pour le choix d'un sondeur sont les suivants :
- Boîtier 100% étanche
- Résolution et précision de l'appareil
Comme pour le GPS, un boîtier IPX7 est fortement recommandé, pour
naviguer l'esprit tranquille par tous les temps.
Un point plus compliqué est celui de la résolution du sondeur. La plupart
des sondeurs d'entrée de gamme proposent une faible résolution avec un
affichage en noir et blanc qui ne reproduit pas l'intensité du signal reçu.
L'image du fond est alors très simplifiée et il est impossible de faire la
différence entre un fond rocheux, sableux ou couvert de plaques métalliques.
Certaines épaves ne sortent plus guère que d'un mètre sur le fond, et dans
des conditions de houle, ou sur des fond irrégulier, un sondeur trop simple
peut ne pas voir une épave. C'est pourquoi il vaut mieux choisir un sondeur
offrant une bonne résolution ainsi que plusieurs niveaux de gris pour
l'affichage (4 minimum). Malheureusement, le prix s'en ressentira.
Un certain nombre de fonctionnalités ne servent pas vraiment pour la
pêche sous-marine sur épave : les sondes à faisceaux large 50kHz
(le plongeur cherche en général à savoir ce qu'il y a en dessous de
son bateau, pas à côté), la détection de poisson (détecte bien
plus souvent les algues flottantes que les poissons qui ne passent
pas sous un bateau en marche).
Dans ces conditions, mieux vaut une électronique avec une étanchéité garantie par le constructeur.
Balisage de l'épave
Une phase très importante de la pêche sur épave est le balisage. Il consiste
à marquer la position de l'épave par une ou plusieurs bouées afin que le
plongeur sache où elle se trouve lorsqu'il se repose à la surface. Il
est déconseillé de mouiller le bateau directement sur l'épave. En effet, le
mouillage va à coup sûr s'accrocher sur l'épave et après une partie de pêche
la fatigue rend très pénible le décrochage en apnée de l'ancre, d'autant qu'un
mouillage ne tombe pas à la verticale et que pour 10m de fond, il faudra
suivre le mouillage sur au moins 15m. L'autre raison de ne pas mouiller sur
une épave est que le bruit généré par la chute du mouillage et de sa chaîne
sur les plaques métalliques risque de faire fuir le poisson avant même votre
première descente.
La bouée marque l'épave et le bateau se trouve 10 ou 20m plus loin
mouillé sur le sable.
Techniques de chasse sur épave
Quelque soit la technique de chasse employée, la règle d'or reste le silence. Pensez à palmer sans laisser vos palmes s'entrechoquer et à ne pas faire taper votre fusil, vos palmes ou vos plombs sur l'épave : les bruits de chocs font instantanément fuir tous les poissons méfiants comme le bar. La mise à l'eau doit elle aussi être fluide (éviter de vous laisser tomber dans l'eau), et d'une manière générale, ne tapez pas sur la surface de l'eau.
Même si vous êtes très silencieux les poissons vous entendent lors
de votre descente, mais si vous ne faites pas trop de bruit, leur
curiosité prendra le dessus sur leur méfiance.
Une fois la descente effectuée, deux possibilités s'offrent à vous :
- La prospection de l'épave
C'est en fait un mélange d'indienne et de chasse à trou. Cela consiste simplement à parcourir l'épave à la recherche de trous, de cales ou de tôles susceptibles d'abriter du poisson.Cette technique permet de déloger les gros spécimens de bar qui restent dans l'épave et qui ne sont pas en chasse. Parcourir l'épave en palmant permet aussi de trouver les crustacés qui sont souvent bien en évidence sur les tôles. Le parcours de l'épave permet aussi de trouver de très belles vieilles qui ne s'effarouchent pas à la vue d'un plongeur.
Les tôles enchevêtrées fournissent un camouflage efficace pour l'affût. Lorsque les bancs de bars chassent autour de l'épave, c'est la technique à privilégier. Une fois à l'agachon, le plongeur attentif pourra entendre les claquements de queue des bars qui poursuivent leurs proies. Lorsqu'ils chassent, les bars sont moins méfiants. A l'agachon, il faut garder son calme et ne pas tirer sur le premier bar venu car ce sont toujours les plus petits qui arrivent en premier et les plus gros qui suivent un peu plus tard.
Le matériel conseillé
En Normandie, l'eau n'est pas claire. Inutile, donc, d'emmener votre
arbalète de 1m30. L'arbalète la plus utilisée est celle de 75cm. Elle
est suffisamment courte pour être maniable dans les tôles des épaves
et la visibilité ne permet pas toujours d'utiliser une 90cm. L'arbalète de
90cm est elle aussi utilisable sur épave mais le gain de portée et de
précision se fera au prix d'une perte de maniabilité.
Le trident est considéré dans la région comme un incontournable de
la chasse sur épave. Il procure l'avantage suivant par rapport à la
tahitienne : propulsé par les élastiques (sandows) adéquats, il
assomme le poisson quand il ne le tue pas sur le coup. Ainsi
immobilisé, le poisson n'emmêle pas le fil de la flèche dans l'épave
(on se demande parfois si on va réussir à tout démêler ), il ne fait
pas fuir les autres poissons avec ses débattements désespérés.
Le trident présente tout de même quelques inconvénients : il faut
utiliser des élastiques à forte poussée (mégatonne, mégabooster,
méga-etc.) pour le propulser correctement tant sa résistance à l'eau
est grande. Même avec se type d'élastiques, la portée reste limitée
par rapport à une tahitienne.
Le trident est donc un outil idéal pour les tirs à courte distance
(typiquement une épave), mais sera totalement inefficace à plus
longue portée. Notez aussi que tous les poissons ne se tirent pas au
trident, le lieu jaune par exemple est un poisson à la chair fragile et
les spécimens de tailles inférieures à 50 ou 60cm risquent de se faire
couper en deux s'ils ne sont pas fléchés dans la tête.
Le moulinet est lui aussi indispensable. Quantités de tôles métalliques
enchevètrées forment autant de pièges pour votre flèche ou votre trident.
Lorsque ceux-ci s'enraguent et que vous n'avez plus assez d'air pour les
décrocher, le moulinet vous permet de remonter en toute sécurité sans
laisser votre arbalète, qui sera difficile à retrouver si la visibilité est
mauvaise. Une fois bien reposé en surface, vous pourrez descendre
tranquillement pour récupérer votre matériel. Inutile de se ruiner dans des
moulinets dernier cri, le modèle de base rempli parfaitement son office.
Comme cela à été expliqué dans le pragraphe sur le balisage de l'épave,
une ou deux bouées equipées d'un dévidoir et d'un plomb d'au moins 1kg
sont particulièrement utiles pour baliser l'épave et se repérer en surface.
Elle sont en plus une garantie de plus pour votre sécurité en améliorant
votre signalisation.
L'arbalète équipée d'un trident et d'un moulinet, ainsi que la bouée et son dévidoir.
Les consignes de sécurité
La pêche sous-marine sur épave présente des risques spécifiques qu'il vaut
mieux connaître avant de si atteler :
Souvent, les épaves sont découvertes par les chalutiers qui accrochent leur chalut dessus. Parfois de larges parties de ces chaluts sont abandonnés sur l'épave même. Les filets classiques des « petits » pêcheurs qui les ont posés trop près des épaves restent, eux aussi, parfois accrochés sur l'épave.
Ces filets et chaluts représentent un danger majeur pour le plongeur en apnée. Le seul moyen de diminuer ce risque est de ne pas plonger sur une épave lorsque la visibilité est trop faible. L'apnéïste doit être conscient que s'il s'accroche sérieusement dans un filet, le couteau même bien aiguisé ne sert à rien. Pour diminuer les riques de s'accrocher, il est préférable de ne pas garder de montre par dessus la combinaison, de ne pas attacher un accroche poisson à sa ceinture et d'opter pour une ceinture de plomb très facilement décrochable. Notez aussi que le baudrier augmente les risques d'accrochage et ne se détache pas facilement, ce n'est donc pas recommandé dans ce type de pêche.
- Le mauvais état des épaves
Les épaves sont soumises à l'agressivité du milieu sous-marin et se dégradent
très rapidement. Bien souvent, elle ne consistent plus qu'en un amas de tôles.
Il est très tentant de rentrer dans les cales ou de se glisser sous les structures
métalliques pour y chercher le poisson, mais cela est dangereux. Beaucoup de
ces structures n'attendent qu'un coup de palme pour s'éffondrer sur le plongeur.
Les conséquences pour l'apnéïste son évidentes.
Une règle saine à se fixer est de toujours garder une des deux
mains en dehors du trou de manière à pouvoir limiter la partie du corps exposée
et à se libérer en cas d'accrochage ou d'éffondrement d'une tôle.